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Atelier Isoc Wallonie 2000 Workshop

Namur, samedi 17 juin 2000

Langues, Cultures et Internet :
enjeux, stratégies et développement durable

Actes

Education, Cultures et Internet : Quelles stratégies pour la Wallonie ?
Motivation 

Créé le 24 novembre 1998 à Namur, le Chapitre Wallonie de l'Internet Society (ISOC Wallonie) rassemble des personnalités interdisciplinaires issues de tous les milieux philosophiques et sociaux de Wallonie.

Sur base de manifestations d'intérêt de ses membres, le Comité exécutif du Chapitre a décidé d'organiser les premières Rencontres de l'ISOC Wallonie sur le thème Education, Cultures et Internet : Enjeux, stratégies et développement durable. Cet atelier d'une journée se tiendra le samedi 17 juin 2000 à Namur.

L'atelier ISOC Wallonie 2000 sera préparé par des réflexions et des échanges entre tous les internautes intéressés, au moyen de listes de discussion ouvertes par le Chapitre et animées par lui. Le concours des institutions et des professionnels des domaines concernés sera sollicité. Le site outil de l'ISOC Wallonie est actif à l'adresse http://www.wallonie-isoc.org : les contributions y seront accessibles, ainsi que des présentations de succès wallons et internationaux dans les domaines étudiés.

L'ISOC et l'internet pour tous

L'internet constitue un outil de diffusion et de consultation majeur tant pour l'éducation - notamment grâce à l'enseignement à distance (EAD) - que pour la culture, par la rapidité et la facilité de diffusion d'œuvres et de références qu'il permet. L'ensemble aura une influence déterminante sur le développement de nos sociétés. De nombreux projets sont en cours, tant encouragés par les pouvoirs publics que par des soutiens privés.

Le sujet retenu par l'Atelier ISOC Wallonie 2000 correspond à un enjeu fondamental pour l'internet : la place réservées aux autres langues que l'anglais et, par conséquent, l'accès de l'internet aux peuples non anglophones et aux entreprises des pays tiers.

Par la création des Chapitres, partout dans le monde, l'Internet Society (http://www.isoc.org) cherche à atteindre cet objectif de l'internet pour tous, consciente de ce que la prise en compte de la diversité culturelle est indispensable pour la légitimité de l'ISOC et pour le développement "durable" de l'internet.

L'internet et l'enjeu de la francophonie

La Wallonie, participant à la langue et à la culture françaises - l'une des cultures reconnues tant sur le plan européen que sur le plan mondial -, a une expérience propre qu'elle souhaite mettre au service de la diversification des langues et des cultures sur l'internet. L'avenir de la langue française au sein de la société mondiale et universelle de l'information nécessite la multiplication des supports de diffusion : parmi ceux-ci, l'internet constitue un enjeu essentiel dont le développement doit assurer l'accès pluriculturel et plurilingue permettant à chacun d'investir le réseau mondial dans sa langue maternelle.

L'atelier de l'ISOC Wallonie, qui a déjà recueilli le soutien du Chapitre français de l'Internet Society (http://www.isoc.asso.fr/), lancera la réflexion sur les enjeux et les stratégies, au départ d'analyses et d'expériences. Il associera des acteurs wallons et internationaux, dans le but de mettre en réseau projets et actions, ainsi que de formuler des orientations pour les court, moyen et long termes. Ces orientations seront proposées aux autorités compétentes et largement diffusées.

Atelier "Cultures et langues de l'Internet"

Richard Delmas

Le chapitre Wallonie de l'Internet Society a mis en place après sa création en 1999 une commission pour débattre du thème "Enjeux culturels et linguistiques de l'Internet".

L'initiative est menée en liaison avec les travaux d'un certain nombre d'associations et d'instituts européens, comme le Partenariat des Technologies de l'Information, ainsi qu'avec ceux de l'ISTF, Internet Society Task Force, entité issue de l'ISOC et destinée à couvrir les aspects de société liés à Internet.

Une première approche des enjeux "cultures et langues" a été présentée début janvier 2000, lors d'un atelier organisé dans le cadre d'Autrans 2000, rencontres organisées par le chapitre français de l'Internet Society (http://www.isoc.asso.fr/AUTRANS2000).

Le souci majeur de la démarche est de mettre en lumière les enjeux d'une présence accrue et décentralisée des cultures et des langues sur Internet. Rappelons qu'aujourd’hui plus de 50% des usagers d’Internet ne sont plus anglophones de naissance. Il apparaît donc nécessaire de s'interroger sur les impasses auxquelles conduit, pour les langues et cultures minoritaires, le paradigme actuellement dominant de l’Internet, qui va du centre vers la périphérie, avec l'omniprésence de la langue anglaise.

Un Internet ouvert à la diversité du monde est un enjeu crucial du millénaire qui s'ouvre. Il en va du devenir et de la diversité de la pensée européenne dans ce qu’elle a de plus précieux : la pluralité des normes et des formes, la communion des héritages et de la mémoire, la recherche de l'égalité au delà des divergences, l’élan vers un avenir commun modelé par les hommes et non par les machines.

L’usage culturel d’Internet se révèle aussi d'une brûlante actualité. La domination nord américaine sur les noms, les adresses et protocoles électroniques, c’est à dire sur l'identité des personnes et les lieux topologiques est réelle. Elle pourrait être pérennisée à l'occasion de la mise en place cette année des instances d'ICANN, entité chargée de la gestion et de l'évolution technique d'Internet. Les noms mnémotechniques anglo-saxons doivent-ils servir de balises universelles à l’ensemble des activités humaines, commerce, culture et éducation compris ?

Internet met en jeu notre perception du temps. C’est la dimension du "quotidien" mis en scène par Michel de Certeau. C’est aussi celle du rapport anthropologique de l’homme à la technique. Alors quel rapport opératoire pouvons nous établir entre l’usage social et culturel d’Internet et notre compréhension du monde ? Et bien, on a le sentiment qu’en l'absence de modèle, de cadre référentiel pour la société de l’information et Internet, tous les concepts s’entremêlent, idées comme projets. Dans le brouillard conceptuel qui s’est progressivement mis en place, qu'on le nomme "crise" du logos ou "complexité" du monde, l’analyse des simples modes de rapport du sujet face à l’objet restent pertinents, parlants. En un mot, les usages nous éclairent.

Il s'agira donc d’appréhender, au-delà des représentations construites par les médias, les "mondes" de réalité et les usages de l'Internet, tels qu'ils sont vécus dans les activités quotidiennes de chacun, qu'elles soient professionnelles, de loisir ou liées à la culture, à l'éthique et à l'éducation. Les problématiques soulevées seront celles des langues dominantes et minoritaires comme outils de communication sur Internet, la promotion du plurilinguisme, les standards comme UNICODE, les "metadata" et les enjeux d'accès et de filtrage, d'indexage et d'archivage aux sources mondiales d'information.

Les débats devront mettre en lumière quelles inflexions majeures sont aujourd'hui nécessaires dans les politiques de l'Internet. Ils devront susciter des projets d'envergure à concevoir au niveau des régions, des états, de l'Europe et, plus largement, au plan de la coopération internationale, pour qu'Internet devienne un vecteur de fertilisation croisée et de circulation accrue des idées entre les cultures du monde.

Afin que l'atelier puisse apporter un éclairage utile aux communautés de l'Internet en Wallonie et en Europe, il est essentiel de recueillir auparavant les commentaires des internautes et des publics concernés. Un espace de discussion en ligne est ouvert sur le site de l'ISOC-Wallonie. D'ici la mi-mars nous allons recueillir les avis afin de proposer un programme pour la journée du 17 juin qui tienne compte des propositions de tous.

Atelier "EAD, Enseignement à distance"

Marianne Poumay

Le chapitre Wallonie de l'Internet Society a mis en place après sa création en 1999 une commission "Enseignement à distance", à l'initiative du Service de Technologie de l'Education de l'Université de Liège.

Nombreux sont les enjeux de la mise en place de l’EAD au niveau régional. Trois d’entre eux nous paraissent déterminants, à la fois pour des raisons stratégiques, économiques, démocratiques et pédagogiques. Ces enjeux feront l’objet de l’atelier "Enseignement à Distance" (EAD) des rencontres de l’ISOC-Wallonie, atelier qui se veut être un lieu d’échanges, mais aussi un lieu de démonstrations et de vécus pratiques illustrant ces enjeux.

1. Compétitivité et flexibilité

Un enjeu important dans l’émergence de campus virtuels est la compétitivité dans la "course à la formation", tant en Belgique qu’à l’étranger. Certains proposent déjà des formules programmées comprenant des "modules" pris en charge par différents pays.
Au niveau universitaire par exemple, nos étudiants peuvent se confectionner sur mesure un curriculum à distance qui les incite à ne plus s’inscrire dans les universités locales. Cette situation est encore peu répandue en Europe, mais l’est déjà aux USA (1)… Elle risque de prendre de l’ampleur avec la multiplication de l’offre.

Dans cette optique, il semble que ce soit dans la "formation au long de la vie" et dans les "formations à temps partiel" (concernant de jeunes adultes engagés dans une vie professionnelle) que les universités virtuelles devraient se développer rapidement et mettre alors en concurrence des institutions vendeuses de cours. "La société de la connaissance appelée de tous ses vœux par la Commission européenne sera sans nul doute l’occasion de nouvelles clientèles sur le marché des formations ou d’une éducation ‘marchandisée (2)".

Pour nous situer face à cet enjeu, il nous faut développer une offre concurrentielle, qui rivalise en qualité avec celles de nos voisins…

2. Qualité de l’enseignement

Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) permettent aussi le développement de nouvelles capacités pédagogiques dans les enseignements "traditionnels", visant ainsi à en améliorer la qualité. Les capacités les plus souvent citées dans la littérature sont :
- de nouvelles relations (empreintes de plus d’interactivité) entre les acteurs du système de formation,
- une plus grande implication des apprenants dans leur formation,
- la possibilité d’organiser des apprentissages de façon asynchrone,
- une pédagogie différenciée répondant mieux à l’hétérogénéité des publics et des apprenants, …

DWYER et al. (1995) résument ces caractéristiques de la sorte : "L’enseignement en ligne améliore la communication entre étudiants et entre tuteurs et étudiants, permet des approches plus centrées sur l’étudiant, permet des méthodes "juste-à-temps" dans l’évaluation des progrès des étudiants (individualisation), donne accès 24h/24 aux matériaux de cours et réduit l’ "administrativia" qui règne dans l’organisation de cours. (3)"

3. Production locale

A l’heure où le marché de la formation se tourne vers l’enseignement à distance, la Wallonie doit se doter d’infrastructures, de plateformes (outils informatiques intégrés) et de services qui permettent à ses acteurs locaux de se positionner sur les nouveaux créneaux investis par les pays voisins.

Sans ce regroupement réfléchi de services, les PMEs et autres acteurs de petite envergure tels les écoles n’auront aucune chance de devenir offreurs d’enseignement à distance. Ils seront réduits à consommer ce qui sera produit par d’autres, plus grands ou mieux organisés, … mais pas forcément plus créatifs ou produisant des contenus scientifiquement plus valides ni pédagogiquement plus efficaces (la production japonaise en télévision récréative est un exemple navrant d’une consommation européenne de produits importés de mauvaise qualité).

Une production "répartie", riche et bien structurée, sera la clé du développement de l’enseignement à distance en Wallonie.

Même dans un petit pays comme la Belgique, l’EAD se justifie à part entière pour des raisons :
- économiques (investissements matériels faibles puisque le câblage est déjà pris en charge; gains pour les entreprises qui ne doivent plus se déplacer pour suivre les cours mais aussi qui peuvent se former quand elles le veulent – c’est-à-dire de manière flexible comme l’exige leur organisation);
- scientifiques (rassemblement virtuel des meilleurs experts; information mise à jour régulièrement et accessible immédiatement);
- technologiques (cette technologie existe et ne demande qu’à trouver une rentabilité par les services et contenus mis à disposition);
- sociales (l’accès aux TIC par TOUS les citoyens est une condition à l’appropriation par TOUS des contenus véhiculés);
- pédagogiques (à condition de s’assortir d’un réel "plan qualité", d’une minutieuse préparation et formation des acteurs et d’une importante disponibilité de ces acteurs, l’EAD peut apporter une réelle valeur ajoutée à l’enseignement traditionnel).

L’atelier illustrera ces propos par des démonstrations et échanges d’idées : le STE-ULG proposera notamment une visite virtuelle de son campus en ligne, suivie de débats ouverts avec intervention de divers experts.
Un espace de discussion en ligne est ouvert sur le site de l'ISOC-Wallonie. D'ici la mi-mars nous allons recueillir les avis afin de proposer un programme pour la journée du 17 juin qui tienne compte des propositions de tous.

Marianne Poumay
Université de Liège, Service de Technologie de l'Education - http://www.fapse.ulg.ac.be/Lab/Ste/frdefault.html

Notes :

 (1) Exemple : la Western Governors University.
 (2) BODSON, A. & BERLEUR, J. (1998), Rapport " Mission Université " - Quelles urgences pour une politique universitaire en Communauté française de Belgique ?, octobre 1998 ( http://www.cfwb.be/rapuniv).
 (3) DWYER, D., BARBIERI, K. & DOERR, H. (1995), Creating a virtual Classroom for Interactive Education on the Web, The Third International World Wide Web Conference (http://www.igd.fhg.de/www/www95/ ). 

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